mercredi 24 juillet 2013

Salle 6 : Tchekhov à la folie



Un murmure accueille les spectateurs alors que la pénombre s’installe.  Sur le plateau, des lits d’hôpitaux et des hommes en chemise, abattus ou hilares. D’emblée nous sommes plongés dans l’univers d’Anton Tchékhov, cette manière « brusque et légère, foudroyante et impérieuse d’entrer dans une histoire », comme le dit l’écrivain russe Natalia Ginzburg.
Le plateau et la salle de l’Essaion accentuent encore cette atmosphère. Un éclairage très sobre, quelques projecteurs, un plafonnier, la lumière d’un poêle, on pourrait se croire dans cet hiver russe de 1892 que Tchekhov vivait alors avec nostalgie alors qu’il était médecin dans une campagne reculée.
Dans un hôpital de province a échoué un jeune homme cultivé, Yvan Gromov dont la vie a basculé. Comme peuvent le faire chaque jour nos vies, nos destins dans ces périodes de grande instabilité. On s’attache immédiatement à Gromov, (merveilleux Xavier Legat), à son intelligence, sa lucidité et son désespoir. Face à lui le docteur Raguine (Jean-Claude Villette, très subtil) semble désemparé et fasciné. Ce médecin désenchanté s’est résigné aux conditions de vie de l’hôpital, à sa saleté, à la brutalité de ses gardiens.

Pour Gérard Thébault, le metteur en scène, « ce représentant de l’intelligentsia russe, à la dérive, loin des réalités » est finalement responsable de ce qui lui arrivera car il ne s’est opposé à rien et d’abord pas à son père. Retiré solitaire dans son appartement de fonction, il sera la victime d’un système cynique qu’il n’a pas combattu, se protégeant derrières les remparts de la philosophie, de ses livres et de ses méditations, avec ses cornichons et sa vodka.

Comme souvent avec Tchekhov, qui a sans doute voulu vivre à cent à l’heure après une enfance malheureuse, le rythme lent au début s’accélère. L’engrenage dans lequel est enferré Raguine s’emballe et se referme inexorablement. Le pouvoir sans limites frappe avec brutalité et le fou — mais qui sont les fous ? — sera celui que l’on enferme et qui disparaît. Comme sur les photos retouchées des régimes totalitaires.

Gérard Thébault, qui joue également un interné, Moïsseïka et Averyanich, « l’ami » du docteur Raguine, a découvert avec fascination cette nouvelle, peu connue en France, il y a  une dizaine d’années. Avant de l’adapter pour la scène, il l’a mûrie et a eu « la chance » pendant ce temps de mener un atelier de théâtre avec des patients de l’hôpital de jour de Montfavet. Une aventure humaine et artistique majeure qui lui a apporté des éléments nécessaires pour sa direction d’acteurs et la construction dramatique. Car comment jouer le désordre psychique ? En passant d’une émotion à l’autre, en gommant les réflexes du comédien. « La véracité du fou se trouve dans l’enfance » remarque Xavier Legat, comédien rompu à la comedia dell’arte, « dans les terreurs nocturnes, les angoisses… »

Le travail d’adaptation est très pertinent. Pour rester au plus près de l’atmosphère de l’époque, Gérard Thébault en a choisi la traduction de 1898,  quant à l’aspect trop sombre du texte, qui serait un des plus noirs de Tchekhov, il est gommé par l’insertion de scènes plus légères ou burlesques extraites de farces et d’autres nouvelles de l’auteur et aussi de Dostoievsky.

On dit la mise-en-scène classique, en effet elle est en costumes de l’époque, n’insère pas de vidéos ou autre technologies. Ce qui pose la question de la modernité en art… Surtout intelligente et chargée d’émotion, elle met en valeur la puissance de l’auteur et son extraordinaire profondeur dans l’exploration de la psyché humaine. La scénographie, habile et simple joue sur différents plans, quelques accessoires transforment les espaces, l’hôpital, le salon du docteur, le chemin de fer, l’hôtel à Varsovie.

Malgré la violence du propos, jamais le spectacle n’est trop lourd ou enfermant, cela grâce au traitement cinématographique, qui produit une sorte de décalage, et à la progression de l’histoire proche du polar noir.
Le jeu des comédiens impressionne. Outre Xavier Legat, Jean-Claude Villette et Gérard Thébault, Benoit Chazal, jeune comédien qui joue un autre aliéné, Sergueï, se transforme en froid docteur Khobotov, évoquant à la fois les représentants du tsar et ceux de la Stasi. Michel Pallotta, l’interprète de Nikita, le redoutable gardien de la seule porte de sortie, avec sa stature et sa présence, complète cet ensemble de comédiens au jeu créatif et maîtrisé.

Si Tchekhov est le précurseur des événements qui vont secouer la Russie, de la Révolution au Goulag, Salle 6 nous renvoie à nos propres sociétés. C’est un aiguillon qui rappelle la nécessité de combattre la perversité de tous les systèmes, à s’allier aussi, même si la vie à certains moments semble nous protéger, pour éviter d’être complice le jour où les événements dérapent.

 Théâtre de l'Essaïon, 2bis, place des Carmes, Avignon, à 20h30. Jusqu'au 31 juillet. Tél. 04 90 25 63 48

Cécile Mozziconacci


lundi 22 juillet 2013

Mon nom est rouge : la magie d'Orhan Pamuk habite la scène du théâtre de papier


 Nous sommes dans un temps qui voit se rencontrer et s’affronter deux mondes, l'Orient et l’Occident du 16e siècle. Ils se fascinent aussi. Ces mondes vivent un tournant et un basculement prodigieux qui bousculent les hommes. 
 Dans l’Istanbul des sultans ottomans, en cet hiver 1591, un homme a eu le crâne fracassé et son corps, jeté au fond d’un puits, prend la parole. Ce célèbre peintre miniaturiste, connaît son assassin. A partir de cette introduction digne d’un polar noir, l’intrigue se noue. Elle nous conduit des ruelles de la cité ottomane, aux palais et aux ateliers des peintres troublés par l’intrusion de la peinture italienne, venues des échanges marchands avec Venise, et qui transforme en profondeur la représentation du monde. Proche de la nature et de la réalité, mettant en valeur l’individualité de l’artiste, cette conception de l’art produit une crise de conscience aiguë dans le milieu de ces miniaturistes et calligraphes renommés pour qui l’art est un accès au sacré. 
Aussi  lorsque le Sultan commande un ouvrage illustré à la manière occidentale et donc impie, toutes les craintes sont possibles...
MNERConflits, débats, combats, histoire d’amour plutôt heurtée, se tissent, orchestrés avec raffinement et créativité par le Papierthéâtre.
Adapter l’œuvre d’Orhan Pamuk, prix Nobel de littérature et insatiable écrivain de sa ville, Istanbul, était attirant. Transformer les 570 pages de ce roman foisonnant en 1h30 de spectacle semblait un pari assez fou. Pourtant lorsque se déroulent les méandres de ce « thriller » érudit (on pense parfois au Nom de la rose de Umberto Eco), alors que les trois comédiens-manipulateurs (Alain Lecucq, Brice Coupey et Narguess Majd) recréent lieux, personnages et scènes avec une multitude de dispositifs et d’images retravaillées à partir de miniatures ottomanes, c’est la fluidité et la virtuosité de ce voyage qui transporte. 
Les onze journées du récit sont heureusement rythmées par l’apparition, dans un café reconstitué, d’un conteur (excellent Brice Coupey) qui commente et critique avec malice les événements. Mon nom est R

On est certes parfois un peu perdu dans l’histoire et dans les propos denses et complexes. Mais le choix du metteur en scène, Alain Lecucq, grand maître dans l’art du théâtre de papier, séduit tant cette technique tout en finesse s’adapte bien à l’esprit du roman et à ce qu’il décrit : comment représenter le monde selon la vision que l’on en a ? « Si l’on peint de façon différente, est-ce que l’on voit de façon différente ? » se demande-t-on dans la pièce. En effet, si une mosquée est plus petite qu’un mouche selon les lois de la perspective de l’Ecole Vénitienne, que devient la mosquée et donc la religion qu’elle représente. N’est-ce pas un blasphème absolu ?  Cette réflexion sur l’art et le choc des cultures est accompagnée par la superbe musique du Siamak Jahangiri, un maître iranien du ney, (une flûte orientale). Les riches costumes sont retravaillés à partir de tissus, venus d’Iran ou de Turquie, par Narguess Majd.  Ce spectacle remarquable est certainement une belle introduction à l'oeuvre monumentale d'Orhan Pamuk

Caserne des pompiers, 116, rue de la Carreterie jusqu'au 24 juillet, à 11 h. Tél. 04 90 84 11 52 

Cécile Mozziconacci

dimanche 21 juillet 2013

Binari : une merveille coréenne enchante le « off »

 



Dans la salle circulaire du théâtre de la Condition des soies s’élève le chant envoutant et mélancolique de la chaman. Des hommes aux coiffes blanches lui répondent et pleurent la figure de la défunte. Le rituel des deuils commence. Binari ou les souvenir de la mère retrace l’histoire d’une femme décédée dont l’âme est restée figée entre le monde des vivant et des morts. Elle est aux prise avec le poids du han, tout ce qui a été accumulé de souffrance et de traumatisme lors de sa vie. Alourdie par ce pénible destin, son esprit ne peut rejoindre avec sérénité la terre des morts. Sa rencontre avec une chaman va permettre de la libérer à travers différentes étapes, autant d’occasion pour nous de pénétrer dans cet univers mystérieux et toujours très vivant qu’est le chamanisme coréen. La plupart du temps pratiqués par des femmes, les mudangs, ces rituels reposent sur un ensemble de danses, les kuts, de chants et de musiques. 

 La mise en scène alterne les scènes raffinées et stylisées avec des saynètes burlesques à l’humour trépidant, mimées et masquées, qui s’enchainent avec un grand bonheur. Les danseurs-comédiens, virtuoses, se déchainent au rythme des tambours en jouant avec une salle qui leur est toute acquise. Un éclairage subtil, entre ombres et lumières très colorées, magnifie les somptueux costumes et les images poétiques, long voile voir sur lequel vogue un bateau de papier plié, palanquin blanc porté par les femmes en noir, toile blanche symbole du chemin qui sépare les vivants des morts.

Jung Nam Lee, le metteur en scène et directeur de la compagnie Mac Theater, basée à Busan, la seconde ville de Corée, est un grand spécialiste du patrimoine coréen. Il s’inscrit même dans le processus qui lui permettra d’être considéré comme trésor vivant.  De sa jeunesse dans une petite ville de la campagne il a gardé l’intérêt profond pour la culture traditionnelle, mais contrairement à d’autres compagnies plus principalement axées sur la conservation des traditions, il les adapte en les métissant avec les pratiques du théâtre contemporain.

L’artiste se trouve ainsi à un carrefour dans un pays où une modernité qui s’est emballée cohabite avec des pratiques traditionnelles profondément vivaces. Parfois considéré comme trop innovant par rapport aux codes esthétiques de ses compatriotes, il continue de tracer des voies nouvelles dans ses créations et participe à de multiples festivals. Après Adélaide et Tokyo, Istanbul et Sarajevo, il sera l’an prochain avec sa compagnie dans un festival à New-York.  Durant ce passage à Avignon, avec sa compagnie, il séduit un large public avec ce spectacle enchanteur.

Théâtre de la Conditions des soies, 13, rue de la Croix,  84 000 Avignon, 14h30. Tél.: 04 32 74 16 49.

Cécile Mozziconacci

Le concerto des Rois vagabonds : bijou ciselé poétique et burlesque




Elle, marquise gracile  en robe rouge, lui Auguste vouté aux godillots usées. Ensemble ce sont les rois vagabonds, Gazelle et Gorki, rois d’un cirque féérique et burlesque où tout est possible : les malles se transforment en navire après avoir servi à d’improbables équilibres,  le violon se joue couché sur les épaules du comparse et la tête en bas, les corps s’allongent jusqu’à frôler les étoiles. 

Ces rois musiciens, clowns, acrobates, mimes savent tout faire. Avec grâce et virtuosité, ils jouent Bach, Vivaldi, Strauss, Ravel lorsqu’ils ne s’accrochent pas à un grand lustre scintillant ou enchaînent les roues dans un rythme haletant. 

Il y a encore peu de temps, seuls les habitués du théâtre de rue les connaissaient. Découvert dans un festival à Nevers, Julia Moa Caprez, violoniste classique et acrobate, et Igor Sellem, ancien physicien et actuel trompettiste, font leur entrée à Avignon. Avec un souhait, retrouver partout l’alchimie fragile qui relie les clowns et le public dans un beau chemin d’humanité.

Théâtre des Luciolles, 10 rue Rempart Saint-Lazare, 84000 Avignon, 22h30. Tél.  04 90 14 05 51 

Cécile Mozziconacci

Une absence graphique et bouleversante

Lorsque la douleur de Sophie Calle (souvenons-nous de son installation  Douleur exquise) croise celle d’une auteur taïwanaise, Chou Man-nung, les émotions et les fissures s’expriment dans une spectacle en apparence simple mais très complexe.

Une femme entre dans un café, elle y a rendez-vous avec Sophie Calle pour lui parler de sa douleur d’avoir perdue une amie. Elle se sentirait guérit en la racontant, tout comme Sophie Calle a guéri sa douleur en faisant parler des inconnus sur une séparation très douloureuse. Mais l’artiste n’arrive jamais

Sur ce thème digne de Sophie Calle elle-même, le Shakespeare Wild Sisters Group (du nom d’un personnage de Virginia Woolf dans Une chambre pour soi) et son metteur en scène, Baboo Liao, orchestrent une curieuse performance qui mérite que l’on s’y attache. Le texte qui soutient le spectacle (surtitré en français) s’intitule La nature a horreur du vide. Inspiré d’Aristote, il interroge la manière dont on voit le monde, et comment nous pouvons ressentir ce sentiment profond dans notre corps et notre vie qu’est le vide.

Hantée par ses souvenirs, la jeune femme se perd, vibre, s’affole, cherche ce qui est mort et caché quelque part en elle. Les bruits, les sons, la cacophonie du monde l’entourent alors que ses émotions la transforment en marionnette. Sa danse aux morts et aux absents s’inspire du butô. Hsu Yen-Ling, vibrante comédienne et ici danseuse, très graphique dans sa robe bleue traduit avec précision cette douleur et ce vide en duo avec le danseur israëlien, Shai Tamir. 
Dans l’immense feuille de papier dont ils jouent, imaginée par le scénographe Wu Chi-tsung, tour à tour  méandre de la mémoire, vide indicible ou replis des émotions,  ils ravissent les amateurs.


Absente : rendez-vous avec Sophie Calle, théâtre de la Conditions des Soies, 13 rue de la Croix, 84000 Avignon, 17h55. Tél. 04 32 74 16 49


Cécile Mozziconacci

Le grand Showtime : tonique et réjouissant


Le Grand Showtime Théâtre Le Forum AfficheEt si on improvisait un film au nom improbable, tenez, par exemple, Une pirogue en Alaska, et si on le jouait à la manière d’un film d’espionnage du temps de la guerre froide, et si on plus on y ajoutait une touche de glamour ? On aurait  sans doute un moment hilarant du Grand Showtime, un show délirant dans lequel quatre comédiens improvisent sur un rythme trépidant selon une série de contraintes infernales. Dirigé par un maître de cérémonie incisif, les défis s’enchainent. Le public est convié à participer et si possible à ne pas lambiner.  
Le groupe initial, une bande de copains  qui se connaît depuis douze ans, s’est enrichi d’autres comparses. Tous rompus à l’exercice hautement risqué de l’improvisation, ils sont aussi scénariste, créateur de film d’animation, metteur en scène et comédiens. Au final ils sont une douzaine à tourner (seul quatre seront sur scène chaque soir), avec un but se surpasser et  se surprendre. Et nous entrainer dans un spectacle burlesque et décalé.

Théâtre du Forum, 20, place de l’horloge, 84000 Avignon, Jusqu'au 28 juillet, à 22h15. Tél. 04 90 85 02 32

Cécile Mozziconacci

mardi 2 juillet 2013

Isle-sur-la-Sorgue, honneur aux femmes à la Villa Datris

Nous le le ressentions, il y a trois ans, à l'ouverture de la Villa Datris, mais là pour cette troisième exposition d'été, nous en avons la confirmation : cette Villa Datris a des airs de fondation Maeght. 

Pas celle de ces dernières années et de cet été tout particulièrement, qui s'appuie sur un commissaire très médiatique qui tire à lui les oeuvres, non celle d'avant, de l'ancien directeur, Jean-Louis Prat ; celle du temps où la fondation exprimait son amour de l'art, des oeuvres et des artistes.

Oui, à la villa Datris on ressent le goût, le respect et la curiosité des collectionneurs-propriétaires pour l'art. Ici pas de placement d'argent, pas de coup médiatique pour faire parler de soi, pas d'ego surdimensionné. Et le visiteur se surprend au fil des salles à retrouver le plaisir de fréquenter un lieu d'exposition. Il y retrouve du sens. Le non initié à l'art contemporain se détend, ne voyant pas ici des pièces qui l'agressent. Il se surprend à penser : "ah, mais ! C'est drôlement intéressant l'art contemporain ! Tout ne me plaît pas, mais il y a des pièces qui m'apportent du plaisir et qui activent mes neurones. C'est donc ça l'art ..."
Oui, à la Villa Datris, on se réconcilie avec l'art contemporain. A chaque sortie d'une salle, on se réjouit d'avance à l'idée de ce qu'on va découvrir dans la suivante.
Les vernissages à Datris sont un signe : on y croise beaucoup de professionnels de l'art, des collectionneurs, beaucoup d' artistes aussi. Aucune indifférence, aucune posture sociale, tout le monde est à son plaisir. 
Il y a aussi de l'étonnement dans l'air  : " Ah ! mais c'est encore possible un lieu comme cela. Il existe encore des personnes qui aiment l'art pour l'art, pas pour l'aura qu'il apporte."
Et à l'étonnement succède la satisfaction et la gratitude envers les créateurs de ce lieu, à l'Isle-sur-la-Sorgue.

Cette année, la Villa Datris a choisi de montrer les créations de femmes-sculpteurs. Elles sont plus de soixante à être représentées ! Et dans la mesure où l'investissement des femmes en art est parallèle à leur existence active dans la société, beaucoup de celles présentes ici sont nées dans les années soixante-dix. Certaines sont mêmes beaucoup plus jeunes et leurs réalisations sont étonnantes. 
Nous, notre coup de coeur va à la pièce de Béatrice Arthus-Bertrand, située dans le cabinet de curiosité : fond et forme en adéquation parfaite.
Un coup de coeur pour se donner aussi le plaisir de choisir parmi les pièces aimées.
L'exposition de l'été, encore une fois, à voir et à revoir.

Olivia Gazzano

Villa Datris, 7 avenue des 4 Otages, Isle/Sorgue. Jusqu'au 11 novembre. En juillet et août : ouverture tous les jours de 11h à 19h, sans interruption, fermé le mardi. Entrée libre. En savoir plus : ici

lundi 1 juillet 2013

Apt, "Totem" l'exposition d'été de la Fondation Blachère

"L’élément totémique se retrouve rarement nommé en tant que tel dans les arts premiers africains. Cependant, le concept de totem est largement répandu à travers le monde. D’un point de vue contemporain, il désigne couramment des formes, des structures et des oeuvres qui ont en commun la verticalité. Celles-ci peuvent se composer de matériaux très divers, d’éléments figuratifs symboliques qui ne correspondent pas nécessairement à une définition ethnographique courante.
Sept artistes sont invités à interroger la fi gure emblématique du totem, de sa fonction et de ses représentations. Que signifi e une sculpture verticale dans l’espace d’aujourd’hui ? Quelle est la fonction du sculpteur dans la société contemporaine ? Qu’est-ce qu’un totem contemporain ? Existe-t-il une relation entre hier et aujourd’hui ?
Par-delà le formel, quelle est la fonction symbolique du totem dans la société non traditionnelle et par voie de conséquence, comment la production contemporaine peut-elle faire sens avec l’espace urbain, les croyances ?
Le totem, peut-il jouer encore une fonction symbolique au XXIe siècle ?
En remontant aux sources mêmes de sa culture, empreinte de références historiques, l’artiste apporte ses propres réponses.
Avec « Totem », la Fondation prolonge la fête d’anniversaire de ses dix ans en se frottant au défi d’associer une résidence de création de sept artistes à une exposition. Des réalisations d’Amahiguere Dolo et de Niko viendront également s’y ajouter.
Suivie pas à pas, cette expérience originale sera enregistrée afi n de présenter ensuite aux publics les différents processus d’élaboration de ces créations." Pierre Jaccaud,  commissaire / scénographe. 

Exposition du 9 juillet au 13 octobre. Fondation Blachère, 384, avenue des argiles. Zone Industrielle des bourguignons 84400 Apt. Ouvert du mardi au dimanche de 14h à 18h30 (fermeture à 19h pour l'exposition estivale). Tél: 00 33 (0)4 32 52 06 15. www.fondation-blachere.org

Et ne pas oublier la "Boutik" : quantité d'objets africains, à mi-chemin entre l'art et l'artisanat, spécialement ramenés pour vous par la Fondation !

Ménerbes, 25e édition des musicales du Luberon

Elles ont en réalité commencé le 9 mai et se poursuivront jusqu'au 8 août. Les Musicales du Luberon enchanteront encore une fois les mélomanes qui auront privilégiés les spectacles de cette 25e édition. Comment résister à l'avignonaise Julie Fuchs, soprano montante, au baroque enivrant du Venice Baroque Orchestra, aux jeunes virtuoses du Fancy Fiddlers - ils ont entre 8 et 19 ans ! ? Enfin, un mélomane peut-il omettre d'aller écouter cette programmation ambitieuse, offerte au public en cadeau d'anniversaire : l'Intégrale des concerts pour Piano et Orchestre de Beethoven , dans les carrières de Lacoste? En savoir plus, réserver : ici

Festival de Lacoste, du beau monde encore une fois cette année

Du 12 au 26 juillet, Pierre Cardin accueillera en son château du marquis de Sade ou plutôt dans les carrières attenantes, encore une fois des artistes de prestige et une programmation de qualité. Bernard Chambre mettra en scène "Un amour de Sade" sous la houlette de Eve Ruggieri tandis que Jean-François Vinciguerra proposera une comédie musicale autour de la figure de Eva Peron. Daniel Mesguich se livrera à  des lectures de textes d'Albert Camus et Angelon Preljocaj donnera deux ballets. Enfin, les Musicales du Luberon programment l'intégrale des concertos de Beethoven. Programmation détaillée et réservation ici

Les Taillades, début des Estivales le 6 juillet !

Le très beau cadre des carrières des Taillades accueillera une programmation éclectique à partir du samedi 6 juillet, puis les jeudi 11 et 18 juillet, le samedi 13, le dimanche 21 et le vendredi 26 juillet. Au programme, Manu Dibango invité du Dany Doriz Sextet, le très frenchie britannique Michael Jones, des chants espagnols et italiens avec l' Arpeggiata Mediterraneo, la soprano Julie Fuchs, le Petit Prince en spectacle musical et le Condor mené par Jean-François Gérold : la rencontre du tambourin et du galoubet avec la cornemuse écossaise et le hautbois catalan (spectacle gratuit). Programme détaillé et réservations ici

Grignan, Ann Veronica Janssens invitée de l'Espace Ducros

Chasseurs d’éclipses,
 voyage en Mongolie,
 01-08-2008
Image extraite d’une série
 sur les éclipses totales de soleil
© Ann Veronica Janssens
L’Institut d'Art Contemporain de Villeurbanne présente à l’Espace d’Art François-Auguste Ducros, en partenariat avec la Mairie de Grignan, une exposition de l’artiste belge Ann Veronica Janssens. En résonance avec la commande publique qui lui a été passée pour la Chapelle Saint-Vincent, elle déploie sa collection évolutive, Le cabinet en croissance, fruit d’une collaboration unique avec l’IAC.
Pour la chapelle Saint-Vincent de Grignan, Ann Veronica Janssens a développé un projet qui « aborde la question de la sculpture et de la picturalité par des interventions minimales qui fusionnent au coeur d’un projet global. L’intervention principale a lieu au niveau des vitraux, par les ouvertures à la lumière naturelle. » A l’Espace d’Art François-Auguste Ducros, l’exposition Sources propose de découvrir la collection évolutive Le cabinet en croissance [1991-2006] - 2013 d’Ann Veronica Janssens. La relation privilégiée de l’IAC avec Ann Veronica Janssens a donné lieu à une collaboration unique en son genre et suivie dans le temps, à travers la constitution d’un corpus d’oeuvres en évolution permanente : Le cabinet en croissance. Cet ensemble réunit des prototypes (propositions, essais, tests miniaturisés...) que l’artiste complète régulièrement par de nouvelles expérimentations, à leur tour mises en dépôt dans la collection de l’IAC.
L’exposition Sources est donc l’occasion de présenter cet ensemble d’oeuvres et ses récentes adjonctions, qui témoignent d’un dialogue au long cours entre l’artiste et l’IAC.

Ann Veronica Janssens participe jusqu’au 22 juillet 2013 à l’exposition Dynamo au Grand Palais (Paris) et
présente à Arles une oeuvre conçue pour l’église Saint-Honorat des Alyscamps jusqu’au 30 juillet.

Exposition du 29 juin au 15 septembre 2013. Du mercredi au dimanche de 14h à 19h. Entrée libre.
http://espace-ducros.blogspot.fr Espace d'Art François-Auguste Ducros, Place du Jeu de Ballon. 26230 Grignan. 06 80 53 40 58.

Saint-Paul-Trois-Châteaux, "Art des villes et Art des champs", la nouvelle exposition du musée d'archéologie tricastine a ouvert ses portes

Arts des villes, arts des champs en Tricastin, la nouvelle exposition semi-permanente du Musée l’archéologie tricastine, présente, à travers des objets issus des fouilles de la région, les artefacts urbains et ruraux dans leur dimension pratique, puis symbolique et artistique de la Préhistoire au Moyen Âge.
L’exposition Arts des villes, Arts des champs en Tricastin s’inscrit dans la tendance actuelle de donner à voir des objets liés au quotidien des civilisations et de sublimer les savoir-faire.
Le mot art renvoie étymologiquement à l’idée d’un savoir-faire. Pour les Grecs, l’art était d’abord une
« tecknè », une technique qui permettait de produire, de transformer la matière. Jusqu’à la fin du Moyen Âge, l’artisan et l’artiste ne font qu’un, avant de se différencier au fil des siècles. L’artiste devient non plus un
artisan habile mais un homme doué de génie pouvant créer un inédit chargé de sens.
Le mobilier présenté dans l’exposition est issu des fouilles menées dans la région, ancien territoire de la tribu gauloise des Tricastini. S’étendant sur plus de 200 km² de Montélimar à Orange et du Rhône à Nyons, ces terres recèlent des trésors archéologiques mis au jour depuis les années 1960 grâce aux découvertes fortuites ou programmées et aux grands travaux comme la construction de la ligne du TGV Méditerranée.
On y voit notamment : 
 - Les parures des Iboussières : un important ensemble de parures datant de l’Epipaléolithique (période de transition entre le Paléolithique et le Néolithique, entre 10 000 et 8000 avant notre ère) a été mis au jour dans l’aven des Iboussières à Malataverne. Il s’agit d’une impressionnante quantité de pendeloques et d’éléments gravés et percés qui accompagnaient huit sépultures.
- Le mobilier en verre et en céramique de la nécropole du Valladas : la fouille dans les années 1980 du quartier du Valladas à Saint-Paul-Trois-Châteaux a permis la découverte d’une exceptionnelle nécropole antique recelant plus de 240 tombes gallo-romaines. Les offrandes aux défunts, vaisselle, bijoux, nous plongent dans la vie quotidienne gallo-romaine. La qualité des pièces en verre et en céramique est remarquable. Des musées nationaux demandent des prêts.
- Une mosaïque exceptionnelle de 108 m2 : cette mosaïque, pièce maîtresse des collections du musée, reste en place. Ce pavement du Ier siècle de notre ère est exceptionnel par la qualité de sa réalisation, son état de conservation et surtout ses dimensions (108 m2) qui en font l’un des plus grands d’Europe pour cette époque. Seule une plaque (sur les 19) est présentée à la salle de l’Archidiacre : il s’agit de la plus impressionnante, celle où se trouve le pseudoemblema, la partie la plus décorée.
- L’Arche sainte hébraïque : datée du XVe siècle, elle est un monument unique en France et en Europe. Prêtée au Musée du Judaïsme à Paris pendant plusieurs années, elle est à nouveau présentée au Musée d’archéologie tricastine pour l’exposition. Découverte au coeur de l’ancien quartier juif de la ville, elle témoigne de l’attachement de cette communauté à sa religion. En effet, à partir du XIVe siècle, les juifs n’étant plus autorisés à construire de synagogue, les richesses se portent surtout sur le mobilier liturgique, d’où le faste de cette Arche destinée à abriter les rouleaux de la Torah.

L’exposition s’adresse à tous, public averti ou simples curieux. Divers dispositifs contribuant à rendre les
contenus plus accessibles mettent l’accent sur la pédagogie et le côté ludique : aquarelles et maquettes
permettent de comprendre de façon vivante les arts des villes et des champs à travers les époques. Vidéos,
diaporamas et borne interactive sont autant de supports multimédia qui viennent compléter l’exposition.
Du 29 juin 2013 au 15 février 2015. Salle de l’Archidiacre, Place Castellane (place de la mairie, au coeur du centre historique) Saint-Paul-Trois-Châteaux. Accueil : 04 75 96 92 48. www.musat.fr . Ouvert du mardi au samedi et le 1er dimanche du mois. De 14 h 30 à 18 h et sur rendez-vous. Tarifs : 3,10€. Gratuit pour les moins de 16 ans, étudiants, sans emploi. - Pass’ Culture et Provence : 1,10 €. - Visite guidée de l’exposition pour les groupes de 30 personnes : 23 € forfaitaire en plus du droit d’entrée. Gratuit le 1er dimanche du mois.

Dieulefit, Pierre Buraglio à la galerie Artenostrum

Né en 1939 à Charenton, Pierre Buraglio vit et travaille à Maisons-Alfort. Ses oeuvres ont été exposées dans de nombreux musées en France et à l’étranger : Musée national d’art moderne – Centre Pompidou, Musée d’art contemporain de Bordeaux, Musée des beaux-arts de Lyon, Musée de Grenoble, Metropolitan Museum - Tokyo, Musée Sara Hilden - Finlande…
Professeur à l’Ecole des beaux-arts de Valence pendant 11 ans, il a incité de nombreux élèves à entamer une réflexion sur leur pratique artistique.
A travers ses expositions dans la Drôme, dont deux au Musée des beaux-arts et d’archéologie de Valence, il a contribué à faire évoluer le regard du public drômois sur l’art ; et plusieurs oeuvres sont nées de sa collaboration avec ses amis, collègues et élèves de ses années valentinoises...
Au fil de trois expositions à Dieulefit, Romans sur Isère et Valence, ce «retour drômois» revisite le parcours
de Pierre Buraglio en Drôme et présente ses oeuvres récentes.
A Dieulefit, sont présentées les oeuvres récentes de Pierre Buraglio, issues de son travail dans son atelier de
Maisons-Alfort sur les thématiques du paysage et de l’Historial de la grande guerre de Péronne. Elles sont également accompagnées des oeuvres de ses amis, Jacques Clerc, Serge Landois et René Schlosser.
Galerie Artenostrum. Du 22 juin au 15 septembre. Le Parol, allée des Promenades, 26220 Dieulefit. Renseignements : 04 75 46 83 30 / artenostrum.com. Tous les jours, sauf le mardi : 11 h – 12 h et 15 h30 – 19 h ainsi que sur rendez-vous. Entrée libre. 

Vallaurie, hommage à Gérard Sighicelli

Gérard Sighicelli est né à Lyon en 1939. Dès l’âge de 15 ans il veut devenir peintre mais sa famille l’en dissuade. Malgré cela en 1961, après deux ans en Algérie, il décide de partir à Paris où il étudie la peinture dans l’atelier de Paul Berton. Celui-ci lui enseigne l’art académique, avec comme référence l’âge d’or espagnol (Vélasquez, Goya…). C’est à cette époque qu’il rencontre Anne, une américaine qui deviendra son épouse et compagne de toute une vie ; En 1964, ils s’installent à Rousset-les-vignes et le jeune artiste découvre la nature, et trouve une voie personnelle : « Je me suis mis à peindre le paysage de façon très simplifiée. C’était en réaction à ce que m’avait appris Paul Berton. Il y avait des morcellements d’espace, c’était une lumière en forme. »
En 1969, Sighicelli, son épouse Anne et leurs enfants partent aux États-Unis dans le Connecticut où ils resteront trois ans. Il y développe un style très abstrait, qu’il expose dans cet État ainsi qu’à New York. Son travail est influencé par les différents courants américains du moment, le Pop Art, ou bien les monochromes d’Yves Klein. Mais il se sent exilé en Amérique, et décide de rentrer dans la Drôme où la famille s’installe définitivement. Sa carrière sera ponctuée d’expositions à Paris, à Lyon, à Bordeaux, en Suisse, en Hollande, aux États-Unis et en Provence.
Gérard Sighicelli est décédé en septembre 2011, laissant une œuvre importante. L'exposition présente ses peintures réalisées entre 1993 et 1999.
Maison de la Tour, Maison de la Tour, 1, rue des Ecoles. 26230 Valaurie. Du 12 juillet au 25 août. 04 75 96 01 29.

Montélimar, Guillaume Bijl, le détracteur du système

Guillaume Bijl (1946, Belgique) est une figure majeure de l’art contemporain de la seconde moitié du 20e siècle : créateur d’installations spectaculaires qui dénoncent de manière sarcastique le monde de l’art et son économie, il a développé un propos engagé autour de l’absurde, du tragi-comique, via l’appropriation de sites artistiques qu’il détourne à des fins utilitaires.
Questionnant la rentabilité de l’art nécessaire à sa survie, il investit depuis la fin des années 1970 les lieux d’exposition (centres d’art, musées, galeries..) où il reconstitue minutieusement des espaces sociaux et commerciaux de la société marchande (clinique psychiatrique, casino, gymnase, magasins de vêtements ou de luminaires, plateau de télévision, laverie automatique, salon de coiffure).
Sa première installation est une auto-école mise dans la galerie Ruimte Z à Anvers, inaugurée le 20 avril 1979 et accompagnée d’un manifeste demandant l’abolition des centres d’art contemporain qu’il considère inutiles économiquement parlant et leur transformation en espaces utiles.
Guillaume Bijl installera également une friterie dans le Centre Culturel de Berchem (1983), un supermarché dans la Galerie Littmann (1990), puis un abri anti-atomique, une salle de billard, un spectacle d’artistes américains fictifs, une présentation d’ un nouveau parti politique..

Dans la continuité de Marcel Duchamp, il réalise aussi des « compositions trouvées », fragments de réel sortis de leur contexte, interrogeant la notion de décoratif.
Quelques spécimens déroutants prendront place au sein de la chapelle du château, et dévoileront une atmosphère délirante.
« Guillaume Bijl ne crée pas l’illusion d’une réalité, mais rend manifeste le caractère illusoire de la réalité. ».
Guillaume Bijl se joue des clichés. Pointant du doigt, la dimension politico-économique inhérente à l’art  actuel, dans sa valeur marchande liée à des quotas de rentabilité, il devient détracteur du système à l’aide d’interventions et d’oeuvres mais surtout d’un discours sous-jacent de douce résistance.
Sur un ton léger mais convaincu, il marque la scène de l’art ou peut être se situe-t-il dans l’art de la scène…
Du 6 juillet au 6 octobre 2013. En juillet et août, tous les jours de 10h à 18h. En septembre et octobre, tous les jours de 10h à 12h et de 14h à 18hChâteau des Adhémar - centre d’art contemporain 24 rue du château 26200 Montélimar. T. 04 75 00 62 30. Plein tarif 3,50 €. Tarif réduit 2,50 €. Gratuité pour les - de 18 ans.